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Lynley & Co

!!!!!Ne lisez pas mes réflexions sur les différents chapitres si vous n'avez pas lu les livres: j'y révèle fatalement l'identité du coupable!!!!!

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Lynley & Co Le Forum
Affichage des articles appartenant à la catégorie: Anatomie d'un crime

15 Jan 2008 


Londres. A l'arrière d'un bus qui traverse la ville, le jeune Joel, sa soeur et son frère roulent vers leur destin.

Dans un quartier chic, Helen Lynley rentre chez elle. Elle est belle, heureuse, la vie lui sourit.

Tout est en place pour une rencontre. Inexorablement fatale.

Car, même s'il l'ignore, Joel est une arme vivante. Le détonateur, c'est son histoire, le chaos qu'on lui a donné pour tout bagage. L'explosif? C'est son quartier, écrasé par la misère et la violence qu'elle génère.

Jusqu'au dernier moment, Joel pense qu'il pourra choisir. Mais d'autres on peut-être déjà choisi pour lui...

SOURCE: Presses de la cité

Christelle · 544 vues · 3 commentaires
Catégories: Anatomie d'un crime
24 Fév 2008 
Voici un extrait de Anatomie d'un crime que j'ai trouvé sur le site de France Loisirs, comme ça ça m'évite de le recopier moi-même!!

C'est un trajet en bus qui marqua l'entrée dans le crime de Joel Campbell, onze ans à l'époque. Un bus londonien plutôt récent. Un bus sans impériale. Le 70, qui progresse lentement le long de Du Cane Road dans East Acton.
Cette portion de la ligne n'a rien de particulièrement remarquable dans sa partie nord. Le tronçon sud, en revanche, qui longe le Victoria & Albert Museum et les imposants édifices blancs de Queen's Gate dans South Kensington, est assez agréable. La partie nord, elle, dessert des endroits qui constituent un répertoire des quartiers à ne pas fréquenter : la laverie Swift Wash de North Pole Road, les pompes funèbres H. J. Bent (crémations ou enterrements) d'Old Oak Common Lane, les sordides agglutinements de magasins à l'intersection grouillante de Western Avenue et de Western Way, où voitures et camions se croisent pour rejoindre le centre-ville. Dominant tout cela de sa masse et comme jailli de l'imagination de Dickens : Wormwood Scrubs. Non pas la parcelle délimitée par les voies ferrées, mais la maison d'arrêt. La prison de Wormwood Scrubs. Une prison aux allures de forteresse mâtinée d'asile d'aliénés, qui abrite la réalité dans ce qu'elle a de plus sinistre.
En ce, jour de janvier, Joel Campbell ne prêtait aucune attention au paysage. Il voyageait en compagnie de trois autres personnes, et il attendait sans trop y croire un changement positif dans sa vie. Il venait d'East Acton, où il habitait, dans Henchman Street, une de ces petites maisons alignées en rang d'oignons et dont l'ensemble forme ce qu'on appelle une terrasse. Au rez-de-chaussée, un séjour crasseux et une cuisine encore plus crasseuse, trois chambres à l'étage, un carré de verdure en façade, autour duquel les autres maisonnettes se déployaient en fer à cheval telle une collection de veuves de guerre autour d'une tombe. C'était un endroit qui avait dû être agréable cinquante ans plus tôt. Mais les générations successives y avaient chacune imprimé leur marque. Celle de la génération actuelle se caractérisait essentiellement par des détritus laissés en souffrance sur les perrons, des jouets cassés abandonnés dans l'allée bordant la terrasse, des bonshommes de neige en plastique, des pères Noël rondouillards, des rennes suspendus, de novembre à mai, aux toits en surplomb des fenêtres en saillie, et par une flaque de boue en forme d'entonnoir qui stagnait huit mois de l'année au milieu de la pelouse, et où évoluaient une colonie d'insectes qui auraient fait les délices d'un entomologiste amateur. Joel n'était pas mécontent de quitter cet endroit, même si cela signifiait qu'il allait devoir effectuer un long vol en avion et commencer une nouvelle vie sur une île bien différente de la seule qu'il connût jusqu'alors.
« La Ja-maï-que. » Sa grand-mère en avait plein la bouche quand elle prononçait ce mot. Le maï sur lequel elle traînait évoquait une brise chaude et réconfortante, riche de promesses. Qu'est-ce que vous dites de ça, les petits ? La Jamaï-que.
« Les petits », c'étaient les trois petits Campbell, victimes d'une tragédie qui s'était déroulée dans Old Oak Common Lane, un samedi après-midi. C'étaient les enfants du fils aîné de Glory, aujourd'hui décédé, tout comme son second fils - encore que dans des circonstances complètement différentes. Ils avaient pour noms Joel, Ness et Toby. Les «trois pauv' petiots », comme Glory les avait surnommés lorsque son homme, George Gilbert, avait reçu son arrêté d'expulsion et qu'elle avait compris dans quel sens le vent de la vie de George allait souffler.
Ce phrasé un peu bousculé était une nouveauté dans la bouche de Glory. Pendant le temps que les enfants Campbell avaient passé chez elle - plus de quatre ans maintenant qu'elle les avait sous son toit, et cet arrangement ne semblait pas près de prendre fin -, elle s'était efforcée d'adopter une prononciation correcte. Elle-même avait appris l'anglais britannique standard - l'« anglais de la reine » - à l'école de filles catholique qu'elle avait fréquentée à Kingston. Si cet anglais un peu collet monté ne lui avait pas été aussi utile qu'elle l'aurait souhaité quand elle avait émigré en Angleterre, elle était encore très capable d'y recourir lorsqu'un vendeur avait besoin d'être mouché, et elle entendait que ses petits-enfants soient en mesure de faire de même, le cas échéant.
Le jour où George avait reçu les papiers lui signifiant son expulsion, elle avait radicalement changé d'épaule son fusil linguistique. Une fois l'enveloppe officielle ouverte, son contenu disséqué, digéré et assimilé, une fois épuisées toutes les démarches juridiques pour faire reculer l'échéance, voire empêcher l'inévitable, Glory fit en un instant table rase de quarante ans de God Save the Queen. Si son George devait prendre le chemin de la jamaï-que, elle le suivrait. Or, là-bas, l'anglais britannique n'était pas nécessaire. Il pouvait même constituer un handicap.
Aussi avait-elle abandonné l'intonation et la syntaxe de la version délicieusement désuète de l'anglais qu'on lui avait enseigné petite fille, au profit des accents pur sucre de l'anglais des Caraïbes. Ce qui avait fait dire à ses voisins qu'elle s'était mise à l'heure du pays qui l'avait vue naître.
George Gilbert avait quitté Londres le premier, escorté à Heathrow par les employés de l'Immigration chargés de veiller, conformément aux promesses du Premier ministre, à ce que « quelque chose » soit fait pour régler le problème des visiteurs dont les visas étaient périmés. Ces messieurs étaient venus le chercher dans une voiture banalisée et ils avaient gardé l'œil collé à leur montre tandis que, copieusement imbibé de Red Stripe en prévision de son retour au pays natal, l'expulsé faisait ses adieux à Glory. « Allons-y, Mr Gilbert », lui avaient-ils finalement dit en le prenant par le bras. L'un d'eux avait esquissé le geste de plonger la main dans sa poche afin d'y prendre des menottes pour le cas où George aurait décidé de ne pas se montrer coopératif.
Mais George était trop heureux de les suivre. Les choses avaient changé du tout au tout chez Glory le jour où les petits-enfants leur étaient tombés dessus tels des météores venus d'une galaxie à laquelle il n'avait jamais rien compris.
« Ils sont franchement pas nets, Glor, avait-il risqué un jour où il pensait qu'ils n'écoutaient pas. Surtout les gars. La môme, elle, elle est p't'êt' normale. Encore que...
- Tais-toi », avait cinglé Glory.
Le sang de ses enfants était déjà pas mal mêlé - même s'il l'était moins que celui de ses petits-enfants - et il n'était pas question que quiconque s'appesantisse sur un phénomène qui sautait aux yeux comme un coup de pied au derrière. Le métissage n'était plus l'abomination des siècles précédents. Être métis ne faisait plus de personne un pestiféré.
Mais George avait eu un claquement de langue dubitatif. L'œil en coin, il avait toisé les petits Campbell. « Ils feront tache dans le paysage en Jamaïque », avait-il conclu.
Ce jugement n'avait pas fait changer Glory d'avis. Du moins est-ce ce que ses petits-enfants crurent constater les jours précédant leur exode d'East Acton. Glory bazarda les meubles. Empaqueta les ustensiles de cuisine. Tria les vêtements. Fit les valises ; et quand elle se rendit compte qu'il n'y en avait pas assez pour contenir tout ce que sa petite-fille Ness souhaitait emporter, elle fourra le reste dans son chariot à provisions et déclara qu'ils achèteraient une valise d'appoint en chemin.
Ils formaient une procession bigarrée qui se dirigeait vers Du Cane Road. Glory ouvrait la marche dans un manteau d'hiver marine qui lui battait les chevilles, un turban vert et orange autour de la tête. Le petit Toby venait en deuxième position, marchant sur la pointe des pieds comme à son habitude, une bouée de sauvetage gonflée autour de la taille. Joel, bon troisième, s'efforçait de ne pas se laisser distancer malgré les deux valises qui ne lui facilitaient pas le travail. Ness fermait la marche, dans un jean si moulant qu'on se demandait comment elle allait réussir à s'asseoir sans en faire craquer les coutures, perchée sur les talons de dix centimètres des bottes noires qui lui enserraient les jambes. Elle avait hérité du chariot et n'avait pas l'air ravie d'être obligée de le traîner. En fait, elle n'était ravie de rien. L'air méprisant, la démarche à l'avenant.
Il faisait froid comme il peut faire froid à Londres en janvier. L'atmosphère était imprégnée d'humidité et de gaz d'échappement. La gelée matinale qui n'avait pas fondu formait des plaques de verglas, lesquelles constituaient autant d'embûches pour les piétons imprudents. Le gris dominait : du ciel aux arbres, aux rues et aux immeubles. L'ambiance était au désespoir. Sous la lumière déclinante du jour, le soleil et le printemps n'étaient qu'une vaine promesse.
Dans le bus, même dans une ville comme Londres où l'on a tout vu, les enfants Campbell réussissaient à attirer l'attention, encore que pour des raisons différentes. Toby, ce qui le faisait remarquer, c'étaient les plaques chauves qui émaillaient son crâne, où les cheveux avaient repoussé épars et beaucoup trop fins pour un garçon de sept ans, ainsi que l'encombrante bouée de sauvetage dont il refusait obstinément de se séparer et qu'il insistait pour garder autour de la taille au lieu de la tenir à la main, « bordel de merde », comme Ness le lui demandait. Ness se distinguait par la couleur exceptionnellement foncée de son teint, manifestement accentuée par du maquillage, comme si elle essayait de se faire plus noire qu'elle ne l'était. Si elle avait retiré sa veste, sa tenue l'aurait également fait remarquer : un petit top à paillettes qui laissait son ventre à nu et mettait en valeur des seins voluptueux. Joel, de son côté, exhibait un visage couvert de taches de la taille d'une dragée qui ne mériteraient jamais le nom de taches de rousseur et qui trahissaient la lutte ethnique et raciale dont son sang avait été le théâtre dès l'instant où il avait été conçu. Comme Toby, il avait des cheveux impossibles qui partaient dans tous les sens et ressemblaient à un tampon à récurer couleur de rouille. Seuls Toby et Joel avaient un vague air de famille, aucun des enfants Campbell ne semblait apparenté à Glory.
Ils ne passaient donc pas inaperçus. Non seulement ils encombraient le couloir avec leurs valises, leur chariot à provisions et les cinq sacs de Sainsbury que Glory avait déposés à ses pieds, mais ils formaient un groupe peu banal.
Des quatre, seuls Joel et Ness étaient conscients des regards appuyés des autres voyageurs et chacun y réagissait à sa manière. Pour Joel, chaque regard semblait signifier : « Sale petit enfoiré de Jaune », et chaque fois qu'on détournait de lui les yeux pour fixer la fenêtre, il avait l'impression qu'on lui refusait le droit d'exister. Pour Ness, ces regards avaient quelque chose de lubrique, et quand elle les sentait peser sur elle, elle avait envie de déboutonner sa veste, de bomber la poitrine et de brailler comme elle le faisait souvent dans la rue : « T'en veux, man ? C'est ça que tu veux ? »
Glory et Toby, quant à eux, étaient chacun dans son monde. Chez Toby, c'était naturel, un fait sur lequel on ne s'appesantissait pas dans la famille. Pour Glory, c'était une disposition d'esprit que lui dictaient sa condition actuelle et la façon dont elle comptait y remédier.
Le bus se traînait au milieu des flaques laissées par la dernière averse. Il piquait vers le trottoir et s'en éloignait sans se préoccuper du confort des passagers agrippés aux barres. L'atmosphère devenait de plus en plus étouffante à mesure que le voyage se poursuivait. Comme souvent dans les transports en commun, l'hiver, à Londres, le chauffage marchait à fond, et, comme les vitres - à l'exception de celle du conducteur -ne s'ouvraient pas, l'air était chargé des miasmes expulsés par les voyageurs enrhumés quand ils se mettaient à éternuer et tousser.
Glory trouva là l'excuse qu'elle cherchait. Elle suivait attentivement la progression du véhicule, retournant dans sa tête toutes les raisons qu'elle avait de faire ce qu'elle s'apprêtait à faire, mais l'atmosphère régnant à l'intérieur du bus eut raison d'elle. Lorsque le véhicule s'engagea dans Ladbroke Grove non loin de Chesterton Road, elle tendit le bras vers le bouton rouge et appuya fermement dessus. « Dehors, vous autres », dit-elle aux enfants. Ils se frayèrent un passage dans l'allée avec tout leur matériel et débouchèrent dans l'air divinement froid.
Évidemment, cet endroit n'avait rien à voir avec la Jamaïque. Il n'était pas non plus à portée de voix d'un aéroport quelconque où un avion aurait pu les emmener à son bord vers des rivages lointains. Mais, sans laisser aux enfants le temps de lui en faire la remarque, Glory rajusta son turban malmené par sa progression cahotante dans le couloir et leur dit :
- Vous pouvez pas partir pour la Ja-maï-que sans dire au revoir à votre tata, pas vrai ?
« Tata », c'était la fille de Glory, Kendra Osborne. Elle n'habitait pas très loin d'East Acton, mais les petits Campbell ne l'avaient vue que rarement. À l'occasion des réunions familiales obligatoires de Noël et de Pâques. Cela étant, il aurait été inexact de dire que Glory et elle étaient des étrangères l'une pour l'autre. La vérité, c'est que les deux femmes étaient en désaccord. Un désaccord qui reposait sur un point : les hommes. Passer à Henchman Street plus de deux jours par an aurait obligé Kendra à voir George Gilbert tirer sa flemme de chômeur professionnel dans la maison. Une visite à North Kensington aurait exposé Glory à croiser l'un des nombreux amants de Kendra - que cette dernière jetait aussi vite qu'elle les prenait. Les deux femmes vivaient leur absence de contact physique comme une trêve. Le téléphone leur suffisait amplement.

Christelle · 191 vues · 1 commentaire
Catégories: Anatomie d'un crime
01 Mar 2009 
En ce qui concerne Anatomie d'un crime je ne vais pas faire de remarque chapitre par chapitre: ce n'est pas une enquête mais l'histoire de Joel.

J'ai lu que beaucoup n'avaient pas aimé ce livre voire ne l'avait carrément pas acheté sous prétexte qu'on n'y retrouve pas les personnages récurrents d'Elizabeth George. Je suis assez choquée par cette façon de penser. Quelques soient les personnages qu'elle utilise ça ne change rien à sa façon d'écrire! En fait, ce livre est même très intéressant, on ne pouvait pas trouver mieux comme titre. On assiste à une véritable dissection du meurtre de vous-savez-qui... Plus encore, il permet en quelque sorte d'accepter le meurtre de ce personnage, de le comprendre, de se rendre compte qu'il ne pouvait pas en être autrement en ce mettant non plus du côté de Lynley et Havers, mais en voyant les évènements à travers les yeux du petit Joel.

Un petit détail que je n'ai pas vraiment compris: Joel est décrit comme l'assassin ou du moins c'est ce que Elizabeth George nous laisse croire au début du roman par la phrase: "C'est un trajet en bus qui marqua l'entrée dans le crime de Joel Campbell, onze ans à l'époque.". En fait ce n'est pas lui l'assassin: il n'a pas pu tirer, pour lui il s'agissait seulement d'effrayer quelqu'un pas de tuer. Aux yeux de Nkata et Havers il est clairement l'assassin; sa vie va maintenant être gâchée pour une erreur qu'il n'aurait pas pu éviter, jamais il n'aurait eu le temps d'empêcher son compagnon de tirer.

Christelle · 468 vues · 4 commentaires
Catégories: Anatomie d'un crime